Préface No. 1: INDOCHINE Française – AVANT PROPOS

PAUL DOUMER

    Dans les cinq années que j’ai pas­sées à la tête du gouvernement de l’Indo-Chine, il. a été possible de donner à notre colonie asiatique, avec une paix profonde qu’elle n’avait jamais connue, une organisation politique et administrative rationnelle, de bonnes finances, un premier réseau de voies de communication. L’essor économique qui en est résulte a dépassé toutes les espérances. De même, dans le conflit permanent d’influences et d’intérêts dont l’Extrême-Orient est le théâtre, la République a été mise en situation de jouer son rôle et de prendre sa part.

    Il n’est peut-être pas trop présomptueux de croire que faire cela, c’était servir utilement le pays.

    El voilà une chose qui ne se pardonne pas aisément! Surtout quand on a le mauvais goût de revenir de là-bas, échappant à la mort dont l’aile bien souvent nous frôle, et de reprendre sa place dans le Parlement, sans demander rien, sans rien accepter.

    Une année s’est écoulée depuis lors; elle n’a pas été perdue. En travaillant modestement, j’ai réussi à faire oublier ces services anciens, rendus sur une terre lointaine.

    On pense bien que je ne veux, à aucun prix, mettre en question un aussi heureux résultat. Les pages qui vont suivre n’iront donc point à ceux oui prennent quelque ombrage du chapitre d’histoire coloniale que j’ai écrit sur la terre d’Asie; elles ne doivent pas raviver les jalousies et les rancunes assoupies ou éteintes. Mieux vaut laisser dans l’ombre certains sujets, oublier des faits, oublier des hommes; nos actes, nos sentiments, joies et orgueils, tristesses et colères, ne méritent pas toujours d’être rappelés, l’amour passionné de la patrie les eût-il inspirés seul.

    C’est d’ailleurs pour la jeunesse plus spécialement, pour les hommes, les citoyens et les soldats de demain, qu’on m’a demandé de fixer mes sou­venirs. Je le ferai sans recherche et sans prétention, au hasard de la mémoire. De l’ensemble du récit se dégagera quand même, je l’espère, une vue suffi­samment précise de notre belle Indo-Chine, une idée assez exacte de ce qu’est la colonisation, le gouvernement d’un vaste empire.

     Le lecteur est averti: il ne demandera pas au livre qui va naître plus qu’il n’a promis et ne doit donner. Le mieux serait donc de mettre ici le point final à ces lignes préliminaires.

    Si je ne le fais pas et si je recule encore le moment d’aborder mon sujet, c’est qu’il me paraît utile de dire un mot des conditions dans lesquelles j’ai été appelé au Gouvernement général de l’Indo-Chine. Le fait est ancien déjà; c’était au mois de décembre 1896; mais il a fait, à l’époque, quelque bruit, beaucoup plus qu’il n’était de raison.

   J’avais eu, précédemment, à m’occuper de l’Indo-Chine, d’une façon générale, comme rapporteur du budget des Colonies, et, particulièrement, en 1895, à propos des projets de liquidation provisoire de la situation finan­cière du Tonkin, que je rapportais à la Chambre des députés, au nom de la Commission du budget. Il me fallut faire, à cette occasion, une étude de notre protectorat du Tonkin et do l’Annam; elle me conduisit à dire offi­cieusement mon avis, tant au Ministre qu’à la Commission du budget, sur les difficultés au milieu desquelles on se débattait et sur les solutions quelles comportaient.

… mis à jour …

BAN TU THƯ
09 /2020